À propos
    L’Observatoire de l’IA
    édité par NIKITA
    ← Toutes les analyses

    Europe / Entreprise et ROI

    Pays-Bas : l'État veut supprimer environ 25 000 postes d'ici 2035 et compte sur l'IA, tout en écrivant qu'il ne faut pas surestimer ses effets sur les effectifs

    Le 26 octobre 2026, le secrétaire d'État néerlandais Eric van der Burg a adressé au Parlement une lettre d'étape qui chiffre la réduction de l'administration centrale : 3,5 milliards d'euros d'économies annuelles à l'horizon 2035, soit environ 25 000 équivalents temps plein sur 160 016. L'IA est appelée en renfort, mais la lettre reporte au premier trimestre 2027 tout objectif chiffré et range parmi les leçons de vingt ans de plans d'économies l'avertissement de ne pas surestimer ce que la numérisation et l'IA retirent aux effectifs.

    Le comité de L'Observatoire5 min de lecture

    L’essentiel

    1. 01L'administration centrale néerlandaise (ministères, inspections, agences d'exécution) comptait 160 016 équivalents temps plein au 31 décembre 2025, en hausse d'environ 41 % depuis 2018 ; l'objectif d'économies passe de 901 millions d'euros en 2027 à 3 490 millions en 2035, ce que le gouvernement traduit par une estimation grossière d'environ 25 000 ETP, police et défense étant exemptées
    2. 02Les gains d'efficacité génériques sont plafonnés à 0,5 % par an, le rythme que le Bureau central du plan (CPB) juge réaliste : ils couvrent environ un tiers de l'objectif ; les deux tiers restants doivent venir de choix sur ce que l'État fera autrement, moins ou plus du tout, avec des réductions d'environ 20 % pour beaucoup d'organisations, jusqu'à environ 45 % et dans un cas environ 60 %
    3. 03L'IA n'a pas encore de chiffre : les objectifs et plans d'économies par l'IA sont annoncés pour le premier trimestre 2027, en réponse à une motion adoptée le 17 septembre 2026 par 121 voix contre 29 ; la lettre pose comme préalables la sécurité, la qualité des données et la souveraineté, et rappelle que les promesses passées de baisse des coûts par la numérisation se sont soldées par des tâches, des effectifs et des prestataires supplémentaires

    Ce que dit la source

    La lettre d'étape sur la « slagvaardige overheid » (l'État efficace), signée par Eric van der Burg, secrétaire d'État aux Relations du Royaume et à l'État efficace, est datée du 26 octobre 2026 : quinze pages, dont une annexe chiffrée. Elle met en œuvre les économies inscrites par les gouvernements Schoof puis Jetten sur l'appareil administratif : 393 millions d'euros en 2025, 901 millions en 2027, 3 490 millions en 2035. Le périmètre est l'administration centrale au sens de la convention collective de l'État, soit 160 016 ETP au 31 décembre 2025, en hausse d'environ 41 % (46 500 ETP) depuis 2018 ; les 218 000 agents de la justice, des organismes autonomes, de la police et de la défense ne sont pas comptés dans ce périmètre.

    Combien de postes ? La lettre répond avec prudence : la conversion d'un montant en effectifs dépend des grades touchés, et l'estimation grossière est d'environ 25 000 ETP, étalés sur plusieurs années. La répartition sera inégale, du fait des exemptions et de l'extinction de budgets temporaires : une baisse effective d'environ 20 % sera courante, certaines directions pourraient atteindre environ 45 % et un cas environ 60 %. Selon Binnenlands Bestuur, le gouvernement précédent visait 35 000 postes en moins.

    La méthode est explicite. Le gouvernement retient le chiffre du Bureau central du plan (CPB), 0,5 % d'efficacité générique par an sans allègement des missions, soit environ un tiers de l'objectif. Le reste exige des choix stratégiques ordonnés en quatre piliers : standardisation du fonctionnement interne, simplification des chaînes et des dispositifs, numérisation et automatisation du service rendu, réduction des étages de pilotage, de contrôle et de conseil. Les 28 collèges consultatifs permanents et les quelque 150 commissions seront réduits, les quelque 400 évaluations annuelles de politiques ramenées au nécessaire, et la norme immobilière fixée à 0,5 poste de travail par agent.

    L'IA occupe une place précise et bornée. La lettre indique que des initiatives existent déjà dans plusieurs domaines et que l'objectif est d'étendre son usage, à condition de respecter la sécurité, la qualité des données et la souveraineté, ce qui exige, écrit la lettre, des ajustements d'infrastructure et une refonte des processus de travail. Les objectifs et plans d'économies liés à l'IA viendront au premier trimestre 2027, en réponse à la motion Brekelmans et Bontenbal adoptée le 17 septembre 2026 par 121 voix contre 29, qui demandait, sous six mois, un plan d'économies par ministère intégrant les gains d'efficacité par l'IA et l'option de gels ciblés de recrutement.

    L'annexe tire six leçons de vingt ans de plans d'économies. La deuxième porte sur la technologie : en vingt ans, les processus publics ont pris de l'ampleur, ont été numérisés et automatisés, sans que les baisses de coûts et d'effectifs annoncées se concrétisent ; la lettre constate au contraire « nieuwe taken, meer capaciteit en meer inhuur » (de nouvelles tâches, plus de capacité, plus de prestataires) et des systèmes hérités lourds dans plusieurs organisations. La troisième vise les gels de recrutement : ils font partir les meilleurs, tarissent l'arrivée de talents et bloquent les jeunes, et l'administration se retrouve, des années plus tard, sans des classes d'âge entières.

    Notre analyse

    Le contraste entre la lecture internationale et le texte est instructif. La presse économique a titré sur une réduction menée par l'IA ; la lettre dit presque l'inverse : l'économie est décidée et inscrite au budget, la contribution de l'IA reste à chiffrer, et le gouvernement se met lui-même en garde contre l'illusion d'une automatisation qui dégonflerait les effectifs. L'ordre des opérations se lit en creux : d'abord décider ce que l'on ne fait plus, ensuite simplifier, enfin outiller. Beaucoup de directions privées font l'inverse.

    La source a ses limites. C'est une lettre d'intention politique, dont la traduction en postes sera fixée dans le plan pluriannuel promis sous six mois et dans la note budgétaire de printemps. Les 25 000 ETP sont une estimation que le texte qualifie lui-même de grossière. Aucun outil d'IA, aucun fournisseur et aucun montant d'investissement ne sont précisés, même si la lettre rappelle que la transformation exige d'investir en amont. Le débat en commission parlementaire est fixé au 1er décembre.

    Ce qu'il faut retenir : un État qui engage une réduction chiffrée de son administration refuse de mettre l'IA en première ligne de la justification. Il plafonne l'efficacité générique à 0,5 % par an, impose des préalables techniques avant toute économie attribuée à l'IA et mesurera trois choses, les coûts de fonctionnement, les effectifs et le recours aux prestataires, avec un rapport au Parlement chaque printemps et chaque automne.

    Ce que cela change pour une entreprise française

    Pour une PME ou une ETI française, la lettre néerlandaise est d'abord un modèle de raisonnement. Elle sépare trois questions que les plans d'IA mélangent : ce que l'on arrête de faire, ce que l'on simplifie, ce que l'on automatise. Elle n'attend de l'efficacité générique qu'un tiers des gains ; le reste vient des choix de périmètre et de simplification, la numérisation n'étant qu'un pilier parmi quatre, qui ne tient ses promesses qu'après la mise à niveau des données et des processus. Le chiffre de 0,5 % par an d'efficacité sans changement de périmètre est un ordre de grandeur sobre pour relire un plan d'affaires.

    Trois actions. Écrire, pour chaque projet d'IA, l'économie attendue en distinguant ce qui vient d'une tâche supprimée, d'un processus simplifié ou d'un outil, et n'inscrire au budget que la part documentée. Vérifier les préalables que la lettre énumère, sécurité, qualité des données, souveraineté, avant d'annoncer un effet sur les effectifs. Ne pas faire du gel des embauches de débutants la variable d'ajustement : la leçon néerlandaise des cohortes manquantes rejoint ce que montrent les données sur l'emploi des juniors dans les entreprises technologiques.

    Sources

    La lettre de l’Observatoire

    Chaque semaine, les analyses qui comptent sur l’IA mondiale

    Une sélection exigeante. Une lecture française.
    Directement dans votre boîte mail.

    Les inscriptions ouvrent dans les prochains jours. Pour être prévenu dès l’ouverture, écrivez à emilie@agencenikita.com

    Être prévenu par e-mail