États-Unis / Entreprise et ROI
ROI de l'IA : 80 % des dirigeants de grandes entreprises américaines déclarent un retour positif, 28 % seulement un retour fort, selon Wharton
Publiée le 13 octobre 2026, la quatrième enquête annuelle de Wharton Human-AI Research et de GBK Collective auprès de 1 416 cadres et salariés de grandes entreprises américaines montre que l'IA rapporte presque partout, mais rarement beaucoup. Les services qui suivent un indicateur de croissance déclarent près de trois fois plus souvent un retour fortement positif que ceux qui ne comptent que les heures gagnées.
L’essentiel
- 0180 % des managers et dirigeants interrogés déclarent un retour positif de leurs investissements en IA, 28 % un retour fortement positif ; 7 % des organisations réunissent les trois conditions de réussite définies par l'étude
- 0235 % des services qui suivent au moins un indicateur de croissance (revenu, conversion, volume, satisfaction client) déclarent un retour fortement positif, contre 13 % de ceux qui ne mesurent que l'efficacité ; les heures gagnées restent l'indicateur le plus utilisé (40 %), le revenu nouveau le moins utilisé (27 %)
- 0367 % des services utilisent des agents IA mais 17 % seulement les laissent agir sans validation humaine de chaque étape ; 87 % attendent une hausse de leur budget IA dans les douze mois et le coût des outils, du calcul et des licences figure en tête des freins cités (34 %)
Ce que dit la source
Le rapport « The Adaptive Advantage: Who's Winning With AI and How », quatrième vague d'une enquête lancée en 2023, a été publié le 13 octobre 2026 par Wharton Human-AI Research (université de Pennsylvanie) et le cabinet d'études GBK Collective. L'enquête en ligne a été menée du 9 au 29 juillet 2026 auprès de 1 416 salariés à temps plein d'entreprises américaines du secteur privé d'au moins 1 000 salariés et de plus de 50 millions de dollars de chiffre d'affaires : 1 007 managers, directeurs, vice-présidents et membres de comités exécutifs, et, pour la première fois, 409 salariés de niveau débutant ou intermédiaire.
Le constat principal tient en deux chiffres : 80 % des managers et dirigeants déclarent un retour positif de leurs investissements en IA, et 28 % seulement un retour fortement positif, c'est-à-dire des gains financiers clairs et substantiels. Le retour est pourtant mesuré : 93 % disent l'évaluer formellement, au moins occasionnellement. Parmi ceux qui mesurent, l'indicateur le plus courant est le nombre d'heures gagnées par salarié et par semaine (40 %), le moins courant le revenu nouveau généré par des produits dotés d'IA (27 %). Pour les 12 à 24 mois, 52 % attendent d'abord de l'IA de la productivité ou des coûts réduits, 22 % de la croissance.
C'est là que l'étude situe l'écart de performance. Parmi les services qui suivent au moins un indicateur de croissance (revenu nouveau, taux de conversion, volume produit, satisfaction client), 35 % déclarent un retour fortement positif, contre 13 % de ceux qui ne mesurent que l'efficacité. Les autres facteurs associés à un retour fort sont organisationnels : 58 % de retours fortement positifs dans les organisations ayant créé un poste dédié de directeur de l'IA, contre 8 % en l'absence de tout responsable ; 50 % dans celles qui ont standardisé une seule plateforme, contre 9 % pour celles qui expérimentent encore sans cadre. Les services qui ont intégré l'IA au cœur de leurs processus, utilisent des agents et ont transformé leurs façons de travailler atteignent 67 % de retours fortement positifs, contre 19 % pour les autres. Au total, 7 % des organisations réunissent les trois marqueurs de réussite retenus par les auteurs : un retour fortement positif, des flux de travail transformés et une organisation alignée.
Les agents IA illustrent cette prudence : 67 % des services en utilisent, mais 17 % seulement les laissent accomplir une tâche sans qu'une personne approuve chaque étape. Côté moyens, 87 % des répondants attendent une hausse de leur budget IA dans les douze mois, et le coût des outils, du calcul et des licences figure en tête des freins à de meilleurs retours (34 %, à égalité avec les problèmes de performance de l'IA), devant la pénurie de compétences (27 %). Enfin, 78 % des managers estiment que les salariés sont correctement formés à l'IA, contre 56 % des salariés eux-mêmes.
Notre analyse
Le message est contre-intuitif pour qui attend de l'IA des économies rapides : les organisations qui en tirent le plus lui ont assigné un objectif de chiffre d'affaires ou de qualité de service, et non seulement de temps gagné, car des heures libérées ne deviennent de la valeur que réinvesties dans une activité mesurable. Autre enseignement, le retour ne dépend pas seulement de la taille du budget, même si celle-ci compte (47 % de retours fortement positifs au-delà de 20 millions de dollars de budget annuel, contre 25 % en deçà) : il tient aussi à des décisions de structure, un responsable identifié, une plateforme commune, des processus réellement modifiés. Les services aux retours élevés n'ont pas réduit davantage leurs effectifs que les autres ; ils ont davantage formé (91 % contre 73 %) et davantage encadré l'usage (92 % contre 74 %).
Les limites de la source doivent être posées. Il s'agit d'une enquête déclarative, non d'une mesure comptable : un « retour fortement positif » est une appréciation du répondant. Les corrélations ne démontrent pas de causalité, et les auteurs reconnaissent que certains écarts peuvent refléter la conviction des répondants autant que leurs pratiques. L'échantillon est exclusivement américain et limité aux entreprises de 1 000 salariés et plus ; les PME et les ETI n'y figurent pas. Enfin, la question du retour a été reformulée cette année, ce qui interdit toute comparaison avec 2025.
Ces réserves faites, l'étude rejoint les constats des grands cabinets et de l'enquête IBM du 14 octobre : l'adoption est acquise, l'usage quotidien progresse (62 % des managers), mais la valeur reste concentrée dans une minorité d'organisations qui ont changé leur manière de travailler plutôt que leurs outils.
Ce que cela change pour une entreprise française
Pour une PME ou une ETI française, la transposition est directe, à une échelle plus modeste. Première décision, la mesure : chaque projet d'IA devrait être suivi par au moins un indicateur de résultat (devis convertis, délai de réponse client, taux de réclamation) à côté du temps gagné, avec une valeur de départ relevée avant le lancement. Deuxième décision, l'organisation : un responsable nommé, même à temps partiel, un outil de référence plutôt qu'une dizaine d'abonnements individuels, et un budget qui intègre le coût réel des licences et des consommations.
Troisième décision, les équipes. L'écart de 22 points entre managers et salariés sur la formation montre que la perception de la direction ne suffit pas : un questionnaire anonyme sur le sentiment d'être formé coûte peu et conditionne le retour. L'obligation de maîtrise de l'IA prévue par l'AI Act, applicable depuis février 2025, va dans le même sens. Pour les agents enfin, définir par écrit les tâches à faible enjeu qu'un agent peut exécuter seul, avec un journal et un contrôle a posteriori, évite ce que Brian Smith, de GBK Collective, appelle le « milieu supervisé », où l'entreprise paie l'autonomie de l'agent tout en revérifiant chacune de ses actions.
Sources
Knowledge at Wharton
2026 AI Adoption ReportLangue d’origine : Anglais
Consultée leWharton Human-AI Research et GBK Collective (rapport complet, PDF)
The Adaptive Advantage: Who's Winning With AI and HowLangue d’origine : Anglais
Consultée leWharton Human-AI Research et GBK Collective (synthèse, PDF)
The Adaptive Advantage: Executive SummaryLangue d’origine : Anglais
Consultée leGBK Collective (communiqué)
2026 Wharton-GBK AI Study Reveals Key ROI FindingsLangue d’origine : Anglais
Consultée le